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Institut de Recherche sur l'Éducation : Sociologie et Économie de l'Éducation

BERTRAND Laura

 

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Laura BERTRAND
Doctorante en sciences de l'éducation (à partir d'octobre 2018)

Tél. : 03 80 39 54 53
Bureau: 106 - Pôle AAFE

 

 

Thèse

Titre de la thèse : Les dispositifs de lutte contre le décrochage : quels effets pour quels parcours ?

Directeur de thèse : Sandrine Garcia

Co-directeur de thèse : Jean-François Giret

Résumé de thèse :

Dans un article consacré à l’invention d’une nouvelle catégorie de classement et d’action, Laurence Proteau analyse le glissement du problème social de l’échec scolaire, constitué dans les 1970 (Isambert-Jamati, 1985) dans le discours politique et pédagogique vers une nouvelle catégorie de classement et d’action : le décrochage scolaire qui « s’impose comme nouveau problème scolaire susceptible d’élargir ou de recomposer l’espace des dispositifs de prise en charge. Comme elle le montre, « l’enjeu de cette nouvelle catégorie de jeunes dépasse largement l’espace de l’école : il concerne en effet la reconstruction systématisée du profil de jeunes à risques ». Aussi « ne s’agit-il pas tant d’un problème scolaire que de la reformulation d’un problème social qui prend forme dans un contexte où l’idéologie de l’insécurité occulte la question de l’insécurité sociale, autrement plus réelle et violente » (Proteau, 2003). Ainsi l’échec scolaire est-il transformé, sous l’effet de cette reformulation, en « problème public » (Bernard, 2015).
Cette reformulation a pour effet de reporter sur les jeunes et leurs caractéristiques individuelles le décrochage alors même qu’il concerne pour l’essentiel des élèves de milieu populaire dont les parcours scolaires ont été marqués, dès l’école primaire, par des difficultés multifactorielles (Bernard, 2011).
Le décrochage est officiellement défini comme la situation qui caractérise « un jeune qui quitte un système de formation initiale, sans avoir le niveau de qualification minimum requis par la loi (…).
Le Code de l’Education fixe le niveau de qualification minimum que tout élève ou apprenti doit atteindre
(art. D 313-59 et L. 313-7) : un baccalauréat général ou un diplôme à finalité professionnelle enregistré au répertoire national des certifications professionnelles et classé au niveau V ou VI de la nomenclature interministérielle des niveaux de formation.
Cette définition ne présente aucune différence significative avec ce qu’on désignait auparavant comme « échec scolaire » et il ne prend consistance que par rapport à des objectifs quantitatifs assignés au système scolaire. Les différentes réformes ont introduit une norme de scolarité prolongée, qui a pour effet de marginaliser les élèves qui dérogent à cette norme.
La « rescolarisation » ou le « raccrochage scolaire » devient alors un enjeu politique prioritaire et une politique publique, argumentée en termes de lutte contre les sorties sans qualifications et contre risque de chômage auquel sont particulièrement exposés les jeunes qui sortent du système scolaire avant l’âge légal. Elle s’inscrit dans le contexte plus général d’une « gouvernance par les nombres » (Supiot, 2015) qui se dote de moyens et d’institutions explicitement dédiés à réduire le nombre de « décrocheurs » : les missions de lutte contre le décrochage scolaire ((MLDS) et les « écoles de la deuxième chance ». Les premières ont pour but de repérer et d’accueillir les élèves qui se montrent démotivés, et des élèves qui sont « en risque de décrochage », puis mettre en place des modules de remédiation et proposer des solutions d’orientation. Les écoles de la seconde chance, elles, proposent à la fois une remise à niveau des savoirs de base, des activités culturelles et sportives, et des stages en entreprise (Houdeville et Mazaud 2015). Les écoles de la deuxième chance mettent l’accent sur la préparation à une formation qualifiante et l’insertion professionnelle.
Les recherches effectuées sur ces dispositifs mettent l’accent sur les conditions dans lesquelles se prend la décision de « raccrocher » (Vollet, 2016 a et b.) à partir d’une approche qualitative des parcours de jeunesfondée sur une enquête solide. La focale est ainsi davantage placée sur les parcours des jeunes eux-mêmes de l’échec scolaire au « choix » d’intégrer une structure. Ce que les dispositifs font aux parcours, en revanche, n’est pas l’objet de ces recherches, ce que nous nous proposons de faire.
La thèse pourrait ainsi nous permettre d’interroger à plus large échelle l’effet réel de ces structures en émettant l’hypothèse qu’elles ne produisent pas nécessairement les résultats attendus en termes « d’insertion » professionnelle ou de « remise à niveau scolaire », mais qu’elles peuvent contribuer à un rebasculement d’une catégorie à une autre, comme l’entrée en « formation qualifiante » ou la rescolarisation d’un jeune « en décrochage », qui n’augurent rien du devenir ultérieur du jeune en question.
Cette hypothèse soulève plusieurs questions. La première concerne évidemment « la fabrique » des statistiques : dans la mesure où les dispositifs mettent en équivalence formation qualifiante et emploi à travers la catégorie de « sorties positives », quelle est la part dans les chiffres officiels des entrées en formation et des emplois réellement obtenus ? Et de quels types d’emplois s’agit-il ? Observe-t-on, lorsqu’on compare les parcours de jeunes passés par ces dispositifs, une réelle amélioration dans leur situation par rapport à des jeunes au profil semblable qui ne seraient pas passés par ces dispositifs ? De même, combien de trajectoires de jeunes rescolarisés dans le cadre des « Missions de Lutte contre le Décrochage Scolaire » sont-elles réellement infléchies par ce passage ?
Notre enquête comportera plusieurs volets.
Elle consistera d’abord à recueillir et à analyser les données quantitatives disponibles sur les résultats officiels de ces dispositifs, en interrogeant leurs conditions et leurs modes de production, et ce, sur un moyen terme, pour distinguer les effets qui relèvent d’un artefact statistique plutôt que d’une insertion dans l’emploi ou une reprise effective de la scolarité. Nous cherchons à produire, à l’échelle d’un département, des données sur les situations des jeunes plusieurs années après leur sortie du dispositif pour pouvoir vérifier l’hypothèse selon laquelle autant qu’une diminution du décrochage on assiste à un basculement d’une catégorie à une autre. Il est donc nécessaire que plusieurs années se soient écoulées pour savoir s’il s’agit d’un basculement qui a des effets essentiellement statistiques et le cas échéant, s’il conduit à des emplois de meilleure qualité. Nous envisageons donc de « couvrir » autant que faire se peut les sorties du dispositif à n (sortie du dispositif) + 3. Pour ce faire, nous envisageons de mener une enquête par questionnaire en collaboration avec les structures locales. Des entretiens seront réalisés auprès de ces jeunes.
Un autre volet sera constitué par une enquête auprès des acteurs qui investissent ces dispositifs et les façonnent, à partir d’une approche « bottom up » des politiques publiques qui met l’accent non pas sur les intentions formulées par les pouvoirs publics, mais sur la manière dont elles sont appropriées et fabriquées par ceux qui sont chargés de sa mise en œuvre (Lascoumes et Galès, 2007 ; Hassenteufel, 2011). Ainsi, on s’attachera aux pratiques concrètes des agents mandatés pour prendre en charge les jeunes, à leurs représentations de leurs difficultés et à la manière dont ils « font » aussi la politique de lutte contre le décrochage.

Publications

Liste des publications, extraite de Hal-Shs :

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