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Institut de Recherche sur l'Éducation : Sociologie et Économie de l'Éducation

Axe de recherche 2 (2010-2015)

L’utilisation des compétences sur le marché du travail


Cet axe, développé principalement par les économistes et par certains sociologues de l'équipe examine les relations entre l’éducation et le marché du travail. Une partie des recherches développées s’inscrit également dans le cadre de la convention d’association de l’équipe au Centre d’Etudes et de Recherches sur les Qualifications (le Céreq), l’IREDU étant centre associé Céreq pour la région Bourgogne depuis 1976.
Suite à différents travaux sur les questions de déclassement, de dévalorisation des diplômés et d’inadéquation entre spécialités de formation et d’emploi développés depuis plusieurs années par les chercheurs de l’équipe, s’est progressivement imposée une réflexion sur la correspondance ou de non-correspondance entre les compétences acquises par les jeunes tout au long de leur formation et celles requises sur le marché du travail. Cette évolution dans l’analyse de la relation formation-emploi doit permettre de comprendre la construction des appariements sur le marché du travail entre les flux de jeunes sortants du système éducatif et les besoins en compétences des entreprises qui les recrutent dans un cadre d’information imparfaite (Allen et Van Der Velden, 2001 ; Hartog, 2001).

Trois niveaux d’analyses vont être privilégiés pour appréhender l’utilisation des compétences sur le marché du travail.

Le premier concerne les liens entre parcours scolaire et parcours professionnel. Si l’impact du nombre d’années d’études et du diplôme final sur l’insertion et l'ensemble de la carrière salariale est relativement bien étudié, une analyse plus fine des conséquences des parcours scolaires et universitaires doit permettre de mieux comprendre la diversité des appariements sur le marché du travail. Il s’agit ici de repérer à partir des différents parcours des jeunes, l’hétérogénéité des compétences acquises avant la sortie définitive du système éducatif. Se focaliser sur le dernier ou le plus haut diplôme obtenu par les jeunes suppose une linéarité des parcours et occulte toutes les étapes intermédiaires liées au processus d’orientation et aux différentes expériences scolaires ou extrascolaires. Il en résulte une vision limitée de la relation formation-emploi que nous nous proposons de dépasser.
Le second se focalise sur les compétences acquises dans l’enseignement supérieur. L’enseignement supérieur est généralement considéré dans une économie d’innovation comme le socle de la compétitivité économique du pays (Aghion et Cohen, 2004). Aux compétences techniques, s’ajoutent les compétences organisationnelles, relationnelles et managériales nécessaires aux fonctions d’encadrement. Mais d'autres compétences plus spécifiques peuvent également contribuer au développement économique. Sur le marché de l’emploi scientifique, thème qui mobilise depuis plusieurs années de nombreux chercheurs de l’équipe, les compétences liées à la capacité d’innovation comme la créativité et de l’inventivité sont en principe des atouts déterminants permettant de dynamiser la croissance économique (Lucas, 2009). Dans quelles mesures permettent-elles cependant un accès des jeunes aux professions les plus qualifiées dans un contexte de chômage qui n'épargne plus les jeunes diplômés ?

Un troisième niveau d’analyse porte sur la valorisation des compétences de base sur le marché du travail. En écho à la question de l’effet de l'éducation pour l'accès aux professions les plus qualifiées dans une économie de la connaissance, se pose la question des difficultés d’accès au marché du travail des individus peu ou pas diplômés. Comme le proposent Cunha et alii (2006), il est plus efficace et sans doute plus équitable pour les populations les plus en difficulté de porter l’effort des politiques éducatives très en amont dans les parcours de formation, afin de consolider un socle de compétences qui permettra une sécurisation des trajectoires sur le marché du travail. Cependant, on peut penser que sous certaines conditions, une formation en emploi adaptée pourrait également être un substitut à l’absence ou au faible niveau de formation initiale.

Axe 2.1. Parcours scolaires et parcours professionnels

Plusieurs travaux au sein de l’équipe cherchent à prendre en compte au-delà du diplôme l’hétérogénéité des parcours scolaires et universitaires pour mieux comprendre comment se structurent le processus d’insertion et les débuts de carrières professionnelles des jeunes.
Une première recherche (Y. Brinbaum, C. Guégnard) étudie l’impact des orientations plus ou moins souhaitées à la fin du collège et du lycée sur la suite du parcours scolaire et sur l’accès au marché du travail. Un des objets sera notamment d'essayer de mieux comprendre les différences d'insertion entre les jeunes issus de l'immigration et les jeunes français d'origine en s'attachant à montrer d'une part, les inégalités liées aux différences de parcours scolaires et d'autre part, les mécanismes de discrimination dans l'accès aux emplois. A partir de données géocodées de l’enquête Génération 2004 du Céreq, l'originalité de ce travail sera de mieux prendre en compte les effets du lieu de résidence, qui peuvent à la fois influencer le parcours scolaire (ségrégation scolaire, offre de formation, réussite) mais également l’entrée dans la vie active (chômage, trajectoires, types d’emploi…) et le sentiment de discrimination. Un travail complémentaire sera également réalisé à partir de l'enquête Trajectoires et Origines réalisée en 2008 par l'INSEE et l'INED, et du dispositif panel DEPP enquête EVA de l’INSEE..
Une autre série de recherches (J.F. Giret) porte sur l’effet de différents éléments des parcours scolaires et extra-scolaires sur le parcours professionnel des jeunes à la sortie du système éducatif. Le travail durant les études, les stages, l’apprentissage, la mobilité géographique et notamment les séjours à l’étranger, constituent d’autres modes d’acquisition des compétences plus ou moins connectées aux parcours scolaires. Se pose cependant la question de la complémentarité ou de la substituabilité de ces expériences par rapport à la formation initiale. Se posera également la question de la valorisation de ces différentes compétences sur le marché du travail. A partir de données de l’Observatoire National de la Vie Etudiante ainsi que des données des enquêtes Génération du Céreq, une recherche menée en collaboration avec des économistes de l’Université de Poitiers et de l’Université Toulouse Capitole discutera des effets du travail durant les études sur l’échec scolaire et universitaire puis sur l’insertion professionnelle. Une autre étude (G. Lassibille), initiée en Espagne mais qui va prochainement être complétée par des comparaisons avec d’autres pays dont la France, a pour objectif de mieux comprendre la dimension temporelle des départs en cours d’études. Il s’agit d’identifier les facteurs individuels et environnementaux qui affectent la réussite des étudiants afin d’inférer sur l’efficacité de certaines politiques visant à réduire l’échec scolaire. Un des objectifs est de modéliser la dynamique du processus d’échec et de réussite à partir de l’apparition d’événements qui caractérisent le parcours des étudiants à différents instants (les activités professionnelles réalisées en cours d’études par exemple). Ces travaux, entrepris dans le cadre du projet "Educación y Transiciones al Mercado de Trabajo" et "Ineficiencia en la educación y en el mercado de trabajo", financés par le MCYT (Ministère espagnol de la Science et de la Technologie) auquel collaboraient des économistes de l’éducation des Universités Carlos III, Las Palmas et Málaga, se poursuivent actuellement dans le cadre du projet coordonné "Formacion, empleabilidad y exclusion social" du MCYT auquel nous sommes associés avec le Département d’Econométrie de l’Université de Málaga. Enfin, sur ce même thème, une dernière recherche, menée en collaboration avec une économiste du Centre d’Etudes de l’Emploi se poursuivra sur l’effet des stages facultatifs réalisés par les étudiants durant leurs parcours universitaires sur leur insertion professionnelle.
Par rapport aux recherches précédentes qui portent sur l'ensemble des sortants de l'enseignement supérieur, d’autres travaux (M. Danner et S. Génelot) vont se focaliser sur certaines filières professionnalisées (filières artistiques et filières préparant aux métiers de l’enseignement ou de la vie scolaire). Il s'agira d'étudier plus particulièrement les stratégies individuelles de valorisation des compétences sur le marché du travail dans le cadre de formations pouvant être considérées comme fortement déterminées par les processus de sélection, que ce soit au niveau de la survie dans le cursus ou de l’accès au marché du travail. Dans la mesure où il s’agit de filières professionnalisantes et exigeantes en capital humain (niveau Master), ces recherches étudient dans quelles conditions les sortants (diplômés ou non) parviennent à rentabiliser des compétences spécialisées par une insertion rapide dans le champ ou accèdent à des parcours plus diversifiés.
A la fin du parcours scolaire, l’absence de diplômes de fin d’études est généralement considérée comme un handicap sur le marché du travail pour les jeunes issus de l’enseignement secondaire comme pour ceux issus du supérieur. Le processus de décrochage est sanctionné doublement, par la non-obtention du diplôme et l’abandon parfois définitif du système éducatif d’abord, puis par la valeur de signalement associé au diplômé sur le marché du travail. De ce fait, en France, plusieurs travaux de membres de l'équipe ont montré à partir notamment des données du Cereq (J.F. Giret, C. Guégnard) que la situation des décrocheurs sur le marché du travail est très préoccupante, même lorsqu’on la compare à celle des jeunes moins formés, mais ayant terminé leur parcours scolaire avec un diplôme. Une recherche dans le cadre d’un programme d’expérimentation de la mission d’animation du Fonds d’expérimentation pour la Jeunesse, a pour objet d’évaluer un dispositif original de lutte contre le décrochage dans les parcours des jeunes en alternance de niveaux principalement V et VI en Bourgogne (J. Bourdon, C. Guégnard, C. Michot). Il s’agit de valider l’opportunité d’un tuteur externe neutre et clairement identifié par le jeune, l’entreprise et le centre de formation afin de sécuriser le parcours des jeunes en alternance et d’éviter les ruptures. Le programme d’évaluation mis en place se basera sur un suivi longitudinal du parcours de deux groupes de jeunes, un bénéficiaire de la mesure et un groupe témoin.

Axe 2.2. La valorisation des compétences acquises dans l’enseignement supérieur

2.2.1. Le marché de l’emploi scientifique

Les recherches menées à l’IREDU depuis plusieurs années sur le marché de l’emploi scientifique concernent notamment les modes de recrutement et de gestion des chercheurs par les entreprises en les reliant aux modalités d'organisations de la R&D en entreprise, aux transferts de connaissances entre les différents acteurs de la recherche scientifique, à l’impact des collaborations industrielles des équipes d'accueil des thèses sur l’insertion des docteurs et l'efficacité interne et externe des filières de production des élites françaises comparée aux filières de l'enseignement universitaire. Ces travaux vont être poursuivis en prenant en compte les fortes mutations que traverse le marché de l’emploi scientifique actuellement. D’un coté, la mise en place du crédit impôt recherche devrait avoir un impact non négligeable sur le recrutement des chercheurs par les entreprises si ces dernières sont sensibles à cette baisse relative du coût du travail. De l’autre, la montée en puissance du LMD et l’internationalisation croissante d’un marché de l’enseignement supérieur ont conduit les universités et les écoles à remodeler leur offre de formation. Cette modification de l’offre de formation supérieure et plus récemment encore l’influence croissante des effets de signalement liés à la multiplication de classement et palmarès, a-t-elle une influence sur les choix professionnels des diplômés et leurs carrières ? L’analyse régulière des carrières des ingénieurs à partir de l’enquête du Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France (CNISF) doit apporter des éléments d’analyse sur ce thème tout en tenant compte des phénomènes de sélection liés notamment au processus de « cream skimming » (Brewer et alii, 2002) et à la modification de l’offre de formation (C. Bonnard, J. Bourdon). Une information plus précise dans les dernières vagues de ces enquêtes sur les compétences acquises par les jeunes ingénieurs durant leur formation, mais également dans leur emploi, devrait nous permettre d’enrichir l’analyse en particulier sur des thématiques comme la concentration des personnels de R&D dans les territoires innovants. Ces travaux font également l’objet d’une thèse sur le marché de l’emploi scientifique où est notamment interrogée la question de la valorisation des carrières des ingénieurs dans le secteur de la R&D (C. Bonnard).
Sur cette même thématique, une autre partie des recherches porte sur l’accès au marché du travail des diplômés de doctorat à partir notamment des extensions « Docteurs » des enquêtes Génération du Céreq. Dans une économie de la connaissance, la formation doctorale qui occupe une place centrale dans les coopérations entre enseignement supérieur, recherches publiques et entreprises innovantes, devrait être fortement valorisée sur le marché du travail. Or, différentes enquêtes du Céreq ou de l’IREDU soulignent les difficultés d’accès aux emplois des titulaires de doctorat par rapport aux diplômés des écoles et même aux diplômés de Master (J.F. Giret, C. Perret). Les expériences professionnelles réalisées durant la thèse structurent fortement les chances d’accès aux différents segments du marché du travail, notamment pour les emplois de chercheurs dans la R&D. Pour les carrières académiques, outre le rôle majeur des publications scientifiques dans de nombreuses disciplines, les conditions de préparation du doctorat puis les expériences professionnelles qui suivent la fin de la thèse (les post-docs par exemple) sont des étapes déterminantes qui s’enchaînent souvent dans une logique d’avantages cumulatifs (Merton, 1988). En collaboration avec le Céreq et plusieurs équipes européennes, l'IREDU va répondre à l’appel à programme d'action support du 7ème du PCRD sur les carrières des diplômés de doctorat en sciences humaines et sociales en Europe (J.F. Giret, C. Guégnard, J. Bourdon). Enfin, toujours en partenariat avec le Céreq, une enquête exploratoire va être menée pour la première fois sur le parcours des docteurs à l’étranger, trois ans après leur thèse. Cette recherche concernera notamment la manière dont ces jeunes docteurs ont mobilisé de nouvelles compétences dans leur expérience professionnelle à l’étranger et souhaitent les valoriser dans la suite de leur parcours professionnel.

2.2.2. Le marché du travail de la création artistique

D’autres travaux développés également à l’IREDU depuis plusieurs années (M. Danner, G. Galodé) portent sur le marché du travail de la création artistique, autre champ d’observation intéressant des désajustements croissants entre formation et emploi. La mise en perspectives des enquêtes sur les diplômés des écoles d’art réalisées par deux chercheurs de l’équipe pour le ministère de la Culture devrait permettre de mieux comprendre comment fonctionne ce marché professionnel. Cette recherche s’oriente notamment vers l’importance des réseaux sociaux sur l’émergence des « winner-take all markets » à travers l’étude spécifique des diplômés du cycle long des écoles d’art. Dès la sortie de formation, des choix différenciés de positionnement apparaissent liés aux cursus et aux caractéristiques personnelles des diplômés. Les carrières artistiques restent déterminées dans l’imaginaire collectif par l’idée de vocation et de talent. L'analyse des stratégies individuelles d'insertion montre que le diplômé d’école d’art intègre dans ses perspectives professionnelles les opportunités du marché de l’emploi tout en entretenant un certain discours social visant à légitimer un cursus atypique et un positionnement sur le marché. Comme pour le stage ou le travail durant les études, cela pose la question de savoir où se situe la frontière entre les activités occupationnelles en cours de formation et les premières étapes de la carrière professionnelle.

2.2.3. Le marché du travail indépendant

Dans une analyse plus générale des concurrences dans l'accès à l'emploi qui n'est d'ailleurs pas limitée aux seuls diplômés du supérieur, se pose la question de l'ouverture de certaines professions aux sortants du système éducatif. L’étude sociologique des professions indépendantes montre une organisation segmentée du marché du travail entre les professions qui ont su légaliser un monopole de fait (professions libérales réglementées) et celles qui maintiennent une fermeture sociale informelle intervenant dans la régulation des entrées et le contrôle des pratiques (professions libérales non réglementées et professions indépendantes non libérales). De ce fait, les professions indépendantes apparaissent comme des groupes d’ententes s’accordant sur la mise en œuvre de mesures protectionnistes destinées à préserver une situation distinctive dans la société, souvent associée à de nombreux privilèges (revenus, notoriété, autonomie...). Exploitant les données des enquêtes Emploi de l’Insee, une recherche menée par M. Danner sur la relation formation-emploi dans les professions indépendantes illustre les difficultés d'insertion que peuvent rencontrer certains publics confrontés aux processus informels de fermetures de ces marchés du travail. C’est notamment le cas des femmes diplômées, peu nombreuses à envisager ce type de carrière, mais qui représentent une force de travail potentiellement conséquente. Cet aspect de la recherche s’inscrit dans la politique de recensement national des recherches sur le genre conduit actuellement par le CNRS et s’intègre dans les perspectives actuelles du Réseau Interuniversitaire et Interdisciplinaire National sur le Genre (RING). Au-delà de cette problématique, il s’agit de s’interroger sur la rentabilité des qualifications acquises dans des formations préparant à l’insertion sur des marchés professionnels non régulés par un soutien étatique et dont les frontières restent perméables à de multiples formes de concurrence (candidats à l'auto-proclamation, amateurs ou même bénévoles…).

2.2.4. Le marché du travail des diplômés du supérieur en Europe

L’équipe poursuit également ses travaux comparatifs menés sur le marché du travail des diplômés du supérieur en Europe. Les enquêtes Cheers (Careers After Higher Education: A European Research Survey) puis REFLEX (Research into Employment and Professional Flexibility) développées en France par l’IREDU dans le cadre des 5ème et 6ème PCRD se sont centrées sur les compétences acquises par les diplômés de l’enseignement supérieur en Europe et au Japon. Elles ont permis de conforter l’émergence de plusieurs modèles de valorisation des compétences et des diplômes sur le marché du travail. Certains pays comme le Royaume Uni se caractérisent par une forte inadéquation entre les compétences acquises durant leur formation et requises sur le marché du travail, mais une bonne valorisation de la formation sur le marché du travail, ce qui serait cohérent avec une hypothèse d'un fort effet signal associé au diplôme sur le marché du travail britannique. Ces travaux basés sur des mesures subjectives des compétences acquises en cours de formation et requises dans l’emploi demandent à être prolongés et consolidés. Plusieurs travaux d’approfondissement sur ces enquêtes sont en cours (T. Chevaillier, JF. Giret, C. Guégnard). Une enquête centrée sur l’employabilité des diplômés de licence en Europe (projet EMBAC Employability and Mobility of Bachelor Graduates in Europe) est envisagée avec pour l’instant, des partenaires allemands (Incher, Université de Kassel), italiens (consortium Almalaurea, Université de Bologne) et hollandais (ROA, Université de Maastricht). L’étude de ce niveau de sortie de l’enseignement supérieur est d’autant plus intéressante en France que ce niveau est réellement apparu avec la mise en place du LMD et la création des licences professionnelles. Dans cette même perspective, un doctorant de l'IREDU (M. Barouni) a débuté une thèse sur l'employabilité des diplômés du supérieur en Tunisie, qui s'est caractérisée ces dernières années par une explosion des effectifs d'inscrits dans l'enseignement supérieur en partie déconnectés des besoins à court terme du système productif.

Axe 2.3. Besoins de formations et de compétences pour les publics peu ou pas diplômés

Une partie des travaux sur ce thème concernera les Pays en Développement qui continuent d’être un terrain d’étude privilégié par l’IREDU notamment dans le cadre de la réalisation d’Education Pour Tous (EPT).

2.3.1. Les effets économiques de l’éducation de base dans les Pays en Développement

L’échec des objectifs du millénaire et la difficulté à enrayer la pauvreté dans de nombreux pays conduisent à s’interroger sur l’efficacité de la formation sur le marché du travail et sur les compétences acquises en dehors de tout cadre scolaire. Dans la poursuite des travaux menés actuellement sur la réalisation d’Education Pour Tous, la thèse de Y. P. Diabouga s’intéresse au cas de l’Afrique francophone sur la soutenabilité économique et politique des nouveaux statuts d’enseignants mis en œuvre pour la réalisation de l’objectif du millénaire. Une autre recherche menée par G. Lassibille, profitant d’une source d’information assez inédite, s’intéressera au travail des enfants dans les pays pauvres, à ses déterminants, aux arbitrages entre scolarité et travail, et à la satisfaction que tirent les enfants de leur activité marchande.
D’autres travaux vont plus directement s’interroger sur les effets économiques de l’éducation dans les pays en développement (PED). Une étude (G. Lasssibille) cherchera par exemple à évaluer l’impact du capital humain sur la productivité des entreprises du secteur formel de plusieurs PED. A l’appui des données de l’Investment Climate Assessment Survey, il s’agit plus particulièrement d’analyser la dynamique à court terme de la demande de travail dans le secteur industriel et d’évaluer la productivité des investissements en capital humain et de la formation interne sur la base de l’ajustement de frontières de production qui permettent d’identifier des sources d’efficience technique. Les travaux sont programmés sur la période 2010-2013 et sont menés en collaboration avec des économistes de l’éducation et du travail du Département d’Econométrie de l’Université de Málaga. Dans une même logique, une thèse sur le cas du Sénégal va identifier les sources d’efficacité induites par l’éducation sur la productivité du travail au niveau microéconomique (A. Sow). Par comparaison avec les impacts macro, cela permettra d’en déduire l’intensité des « trappes de croissance » induite par le contexte des PED.
A un niveau plus macroéconomique et comparatif, dans le contexte des pays moins avancés, deux chercheurs de l’équipe, N. Altinok et J. Bourdon, chercheront à décrire les mécanismes suivant lesquels la qualité de l‘éducation et sa répartition dans la population peuvent influencer le schéma de croissance et enrichir l’étude de la déformation des emplois et de leur rémunération. En effet, dans la lignée du travail de Pritchett (2001) sceptique sur les effets macroéconomiques de l’éducation dans certains pays, on peut s’interroger sur les causes de l’absence d’effet de l’éducation sur la croissance économique.

2.3.2. La dynamique respective des systèmes d’éducation et d’emploi dans les pays d’Afrique subsaharienne

Lors des dernières années, un travail d’analyse avait été conduit pour estimer le degré de déséquilibre des marchés du travail des pays africains (A. Mingat) Cette analyse était fondée sur le traitement d’enquêtes de ménages ou d’enquêtes emploi réalisées entre 2002 et 2005 dans 23 pays africains à faible revenu. Elle avait en premier lieu conclu à un déséquilibre d’ampleur significative entre la production de diplômés par les systèmes d’éducation, notamment au niveau de l’enseignement supérieur, et les emplois disponibles ; cette situation étant exacerbée par la forte dualité de l’économie entre un secteur formel qui n’offre qu’un nombre limité d’emplois (en général, d’emplois qualifiés en particulier), et un secteur informel qui offre la majorité des emplois avec une diminution relative de l’emploi agricole et une expansion de l’emploi informel non agricole où la productivité du travail est faible (et qui valorise peu les formations produites par l’école). Une analyse de l’offre et de la demande évaluait l’ampleur du chômage des formés à un haut niveau d’études et identifiait le degré de rigidité des marchés du travail qui se régulent beaucoup plus sur les quantités que sur les prix.
Ce travail est en cours d’extension pour introduire la dynamique respective des systèmes éducatifs et d’emplois dans une situation globale où les systèmes éducatifs se développent sans doute à un rythme beaucoup plus soutenu que celui des possibilités d’emploi et où la production des compétences est peu en ligne avec les demandes quantitatives et qualitatives des économies concernées. Par ailleurs, il est probable les systèmes éducatifs sont caractérisés par une forte continuité, les flux scolaires ayant une tendance forte à être aspirés par les niveaux les plus élevés, alors que les économies et les marchés du travail sont caractérisés, pour leur part, par une discontinuité essentielle. Dans ce contexte, la recherche en cours cible l’analyse des dynamiques en cours en se situant sur les dix dernières années et en anticipant les évolutions éventuelles sur les dix années prochaines.

2.3.3. Les besoins en formation post-initiale des jeunes peu ou pas qualifiés

La question du niveau de compétences réellement acquis au sein du système éducatif et valorisé sur le marché du travail se pose également en France, notamment pour ceux qui sortent rapidement du système de formation initiale. L’enquête Information et Vie Quotidienne, réalisée par l’INSEE en 2004, permet de mesurer les niveaux de compétences des adultes en littératie, numératie et compréhension orale et de les comparer avec leur niveau de formation initiale. Une thèse (A. Branche-Seigeot) permettra de comprendre comment ces compétences de base sont utilisées et rémunérées sur le marché du travail pour des travailleurs peu ou pas diplômés et comment, à l’inverse, les déficits de ces compétences de base sont sanctionnés en termes de salaires ou de perte d’employabilité. Une attention particulière portera sur certaines catégories de jeunes (les jeunes issus de l'immigration par exemple), dont les enquêtes du Céreq montrent leur forte vulnérabilité sur le marché du travail lorsqu'ils sont peu ou pas diplômés et leur faible accès à la formation post-initiale (Y. Brimbaum).
Enfin, d'autres travaux, poursuivant des recherches initiées dans le dernier quadriennal, se focaliseront sur le rôle joué par la formation continue en France, notamment au niveau des territoires. Il s'agira plus précisément de savoir dans quelles mesures les pratiques de mise en œuvre du droit individuel d'accès à la formation continue risquent de contribuer à la création ou aux renforcements des inégalités territoriales dans l’accès des salariés à ce droit individuel. Au niveau régional, certaines régions, comme la Bourgogne, ont mis en place un dispositif, qui se veut novateur, d’accompagnement à la qualification (PAQ) dans le cadre d’une Service public de la formation professionnelle pour éviter l'éclatement des différentes mesures et les proposer aux publics les plus en difficultés. Une recherche menée par A. Giffard portera notamment, dans une démarche d’évaluation, sur les effets de la plateforme d’accompagnement à la qualification en Bourgogne et sur la pertinence de la mise en place du service public de la formation professionnelle.

Références :

Brewer, D. J. ; Gates, S. M. ; Goldman, C. (2002). In Pursuit of Prestige: Strategy and competition in U.S. Higher Education. Santa Monica, CA. : Transaction Publishers.

Cunha, F. ; Heckman, J.J. ; Lochner, L. ; Masterov, D.V. (2006). “Interpreting the evidence on life cycle skill formation”, in: E. Hanushek and F. Welch, eds., Handbook of the Economics of Education, Amsterdam : North-Holland, pp. 697-812.

Hartog, J. (2001). “On Human Capital and Individual Capabilities”, Review of Income and Wealth, 47 (4), 551-540,
Lucas, R.E. (2009). “Ideas and Growth”, Economica, 76, 1–19.

Allen, J. ; Van der Velden, R. (2001). “Educational mismatches versus skill mismatches: effects on wage, job satisfaction, on-the-job search”, Oxford Economics Review, 53(3), 434-452.

Pritchett, L. (2001). “Where Has All the Education Gone ?”, World Bank Economic Review, 15 (3), 367-391.

Merton, R.K. (1988). “The Matthew effect in science, II: Cumulative advantage and the symbolism of intellectual property”, ISIS, 79 (299), 606-623.

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