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Institut de Recherche sur l'Éducation : Sociologie et Économie de l'Éducation

Axe de recherche 1 (2010-2015)

La construction des compétences dans les systèmes de formation

 

L’étude des déterminants de la réussite et des parcours scolaires a constitué et reste une des préoccupations centrales des membres de l'IREDU, qu'ils soient économistes ou sociologues ; l’objet de leur investigation commune peut se définir par l’étude des mécanismes influant sur la variabilité des acquisitions et des orientations. Les projets proposés dans cet axe tentent de mieux comprendre la nature des acquisitions des élèves et comment ces dernières se construisent et évoluent au long du parcours scolaire. L'intérêt de comprendre comment les acquisitions des élèves se structurent et quelles sont les compétences qui fondent les apprentissages apparaît clairement. L’introduction en 2005 par le parlement français d’un concept de « socle commun de connaissances et de compétences » témoigne de cette volonté de réfléchir aux apprentissages des élèves en termes de compétences. Toutefois, l'introduction de cette notion dans les programmes d’enseignement suscite de nombreuses questions auprès des différents acteurs du système éducatif (enseignants, parents, élèves…) quant à la définition même de la compétence. Cette notion de compétence paraît si complexe à définir, qu’elle « fait figure de caverne d’Ali Baba conceptuelle » (Crahay, 2006).

Mieux saisir comment la réussite se construit, ou comment les compétences des élèves se hiérarchisent, consiste, en fait, à ouvrir « la boîte noire » du processus qui lie la réussite scolaire et les facteurs internes ou externes à l’école. Si on considère que la réussite scolaire est un processus cumulatif de structuration des acquisitions, on peut s’interroger sur la nature des compétences que développe un élève ou un étudiant en situation de réussite, cette interrogation permettant in fine d’isoler les facteurs qui en sont responsables. Cette problématique permet de s'ouvrir à d'autres paradigmes de recherche que celui des processus-produit généralement mobilisés par les membres de cet axe pour glisser petit à petit vers celui des processus médiateurs dans lequel les variations dans les résultats des élèves, et dans les compétences développées, vont être fonction de procédures intermédiaires de traitement de l’information que ces derniers déploient lors de l’apprentissage. La prise en compte de ce paradigme ouvre la voie à différents travaux envisagés notamment avec des psychologues de l'éducation aux différents niveaux du système éducatif. Ce changement de paradigme va permettre d’établir des liens entre les diverses disciplines fondant les sciences de l'éducation (économie, sociologie, psychologie). Il permettra, d’autre part, d’élargir la réflexion en éclairant plus finement la dynamique des acquisitions des élèves et d’engager de ce fait la discussion sur les éventuelles implications en termes de politiques éducatives qui pourraient en découler.

Ainsi, à l'école maternelle et élémentaire, la question du rôle des capacités cognitives dans les apprentissages des élèves est posée, cette problématique ayant été peu abordée dans le champ des sciences de l’éducation. Le niveau de performance scolaire est-il lié aux capacités cognitives de la même manière à différents niveaux de la scolarité ? Quelle est la place relative de ces capacités cognitives, comparée à celles de facteurs sociaux comme l’origine sociale par exemple, pour expliquer les différences de progressions entre élèves ? Plus particulièrement, le lien qui existe entre capacités cognitives et le développement des compétences clefs chez les élèves peut être analysé.

Plus particulièrement, à l'école maternelle, un projet de recherche (B. Suchaut, A. Lecocq), permet de tester la relation entre capacités cognitives et premiers apprentissages scolaires. L’hypothèse de ce projet de recherche est que certaines activités pédagogiques (les activités musicales en l’occurrence) peuvent agir sur les capacités cognitives des jeunes élèves, notamment leur mémoire de travail (Horell, Lnidqvist, Bergman, Bohlin, Klingberg 2008 ; Alloway, Gathercole, Adams, Willis, Eaglen, Lamont 2005), c'est-à-dire la capacité à retenir pendant quelques instants des informations utiles à une tâche et à les manipuler, ainsi que leur attention et la capacité à se concentrer sur une tâche, à ne pas se laisser dissiper par l’environnement extérieur. Plusieurs travaux récents ont exploré cette relation entre musique et, d’une part les capacités cognitives (Schellenberg, 2004, 2006 ; Gur 2009, Tierney et al., 2008, De Vries, 2004) et, d’autre part, les acquisitions de type scolaire (Bolduc, 2006 ; Elkoshi, 2009). Les résultats de cette recherche peuvent fournir des pistes pertinentes au niveau de la politique éducative car le projet propose deux innovations : 1) un entraînement spécifique de capacités non scolaires (les capacités cognitives), qui impactent fortement les performances des élèves et notamment leur capacité à apprendre à lire et à écrire ; 2) un entraînement structuré : l’enseignant a à sa disposition des outils pédagogiques qui guident complètement ses actions pendant la durée de la séquence sur des compétences particulières.

Le projet ELFE (Enquête Longitudinale Française depuis l'Enfance) dans lequel se sont engagés trois chercheurs de l'équipe (Y. Brinbaum, S. Morlaix, B. Suchaut), va donner l’occasion d’étudier dans des perspectives multiples la genèse des compétences et attitudes dans la petite enfance, sur la base d’une vaste enquête auprès des familles et de tests cognitifs. Il va permettre de tester la relation entre les capacités cognitives des jeunes enfants (mesurées par des tests individuels) avec, d’une part leurs conditions de vie dans leur famille et, d’autre part, leurs conditions de scolarisation. Il s’agira ensuite de mieux comprendre comment les compétences scolaires (par des mesures en fin d’école maternelle et en début d’école élémentaire) s’articulent avec ses capacités cognitives. In fine, cela doit conduire à identifier des contextes pédagogiques susceptibles de favoriser la mobilisation des capacités cognitives utiles au développement des compétences scolaires.

Au niveau primaire, des travaux ont déjà été menés avec des psychologues de l’éducation sur le niveau primaire (Barrouillet, Camos, Morlaix et Suchaut, 2008). Les premiers résultats paraissent assez prometteurs, notamment par les perspectives de recherche qu’ils laissent entrevoir. Ces résultats fournissent des éléments sur le rôle central de la mémoire de travail dans l’explication des différences de progressions entre élèves. C’est principalement par cette dimension des capacités cognitives que l’origine sociale exerce son influence sur les compétences scolaires (progressions).

D'autres projets au niveau de l'école primaire sont envisagés (S. Genelot, S. Morlaix), plus spécifiques, visant à expliquer les relations pouvant exister entre divers facteurs ou habiletés précoces liées à l'apprentissage de l'écrit et la littératie ultérieure. Ces facteurs sont : les habiletés phonologiques, syntaxiques, morphologiques, graphomotrices, la connaissance du nom et sons des lettres, les capacités mnésiques et les capacités cognitives générales verbales et non verbales. Les caractéristiques sociales seront prises en compte dans ces études. Or, pour comprendre et adapter des outils diagnostiques et des moyens d’intervention, il est important de déterminer le rôle précis des caractéristiques individuelles et sociales sur ces différentes compétences phonologiques, morphologiques, syntaxiques et graphiques.

Une autre recherche menée sur la construction des inégalités d’éducation dans l’enseignement secondaire – de la sixième au baccalauréat - selon les origines sociales, migratoires et géographiques va être élargie, en amont à l’école primaire et en aval à l’enseignement supérieur, sur la base d’exploitation de panels d’élèves et d’étudiants (Y. Brinbaum). Ayant mis en évidence les difficultés précoces des enfants d’immigrés (Brinbaum, Kieffer, 2009), il s’agira d’analyser la genèse des inégalités et leur évolution dans le système scolaire, tout comme les processus de socialisation familiale, les aspirations et pratiques éducatives des familles immigrées à ce niveau et leur impact sur la réussite ultérieure des élèves. Enfin, a été mis à jour une polarisation des parcours selon l’origine géographique et le genre. Un certain nombre de jeunes issus de l’immigration obtiennent un baccalauréat, plus souvent technologique ou professionnel, et accèdent à l’enseignement supérieur. Il s’agira d’étudier les inégalités d’accès, de choix et d’orientation dans l’enseignement supérieur des jeunes issus de l’immigration en fonction de leurs origines et de leurs parcours scolaires antérieurs, afin d’analyser les mécanismes de sélection et les facteurs de réussite, comme d’abandon et d’échec à ce niveau.

La question des inégalités d’éducation selon les origines met en relief celle des discriminations à l’école, encore peu explorée en France. Or, les décalages entre aspirations et scolarités engendrent un sentiment d’injustice à l’égard de l’orientation, plus marqué chez les jeunes d’origine maghrébine dans les filières professionnelles ; sentiment vécu à tort ou à raison comme de la discrimination. Dans le prolongement, une recherche en cours aborde les expériences scolaires des élèves à partir du sentiment d’injustice à l’école. Cette recherche combine une analyse statistique des expériences d’injustice et de discriminations à l’école croisées avec les orientations et trajectoires scolaires, à partir de l’enquête récente centrée sur les immigrés et descendants d’immigrés (INED, INSEE, 2008), complétée par une post enquête qualitative, qui vise à éclairer les expériences de discrimination scolaire, leur construction, leur manifestation et effets sur la poursuite des études (Y. Brinbaum, E. Tenret, L. Chauvel).

Au collège, d'autres collègues (M. Duru-Bellat et D. Janichon), s'intéressent à d'autres types de compétences que sont les compétences sociales, civiques, d’autonomie et d’initiative La recherche vise à évaluer les attitudes de 300 élèves répartis dans trois collèges. L’étude de la cohérence interne des items de l’enquête met en évidence une césure entre les compétences sociales et celles d’autonomie. L’élève moyen montre davantage de respect que de solidarité, mais semble également plus soucieux de relations sociales que d’autonomie. Le genre et le niveau social jouent sur ces compétences, mais alors que les filles sont dans l’ensemble plus performantes que les garçons, les élèves défavorisés sont meilleurs dans le domaine social, l’autonomie paraissant mieux acquise par les élèves les plus favorisés.

Au niveau du supérieur, une recherche ANR (ANR COMPSUP, B. Suchaut, S. Morlaix, M. Lambert, M. Zibanedjad) est engagée. L’hypothèse générale associée à notre démarche est que les étudiants ne disposent pas tous des mêmes chances de réussite et que celles-ci sont affectées par des variables très personnelles aux individus, comme certaines dimensions de leurs capacités cognitives (notamment les performances en mémoire de travail). Ces capacités cognitives, liées, par ailleurs, à d’autres caractéristiques des étudiants (sociales et scolaires) seraient majoritairement explicatives des difficultés rencontrées par certains étudiants au tout début de leur parcours universitaire. Ce rôle prédominant des capacités cognitives pourrait expliquer pourquoi, comme nous l’indique la littérature étrangère sur la question, les relations entre « inputs » et « outputs » scolaires ne sont pas forcément identiques à ce que l’on observe aux niveaux de scolarité antérieurs. Une particularité de ce projet sur le plan scientifique est d’associer des mesures complémentaires des résultats des étudiants permettant d’identifier une structure relationnelle des acquisitions réalisées au cours de la première année universitaire. Ainsi, en plus des notes obtenues et du degré de réussite aux examens, une mesure des performances académiques et des capacités cognitives pourra éclairer plus précisément les déterminants de la réussite ou de l’échec à l’Université.

Sur le plan plus général de la politique éducative, le fait de disposer d’informations précises sur les mécanismes qui influencent la réussite universitaire, en faisant la part de ce qui revient au bagage scolaire, au capital culturel, aux conditions des études et aux aptitudes personnelles des étudiants, peut nourrir la réflexion sur des aspects importants, comme les modalités d’accès aux études supérieures et le choix des parcours universitaires.

De façon complémentaire, des projets intégrés de recherche Innovation soutenue par la région Bourgogne (PARI) portant sur les compétences des élèves développées en première année universitaire (B. Suchaut, M. Lambert, S. Morlaix, V. Camos) permettent le croisement d’approches théoriques qui articulent principalement la sociologie et la psychologie, de façon à mieux cerner la liaison entre l’individu et son contexte social. La mise en relation des facteurs scolaires, sociaux et cognitifs peut permettre de revisiter les connaissances antérieures produites par la sociologie de l’éducation, notamment en ce qui concerne le poids du déterminisme social et des inégalités individuelles des parcours scolaires. Les avancées scientifiques perçues à travers ce projet de recherche concernent les liens entre les capacités cognitives des individus et leur contexte familial et scolaire. Les résultats attendus se situent justement au niveau de l’identification du poids de chacun de ces facteurs sur la réussite en première année à l’Université et, en complémentarité sur les sources de l’échec et de l’abandon à ce niveau d’études. Sur un plan plus technique, les outils d’évaluation des compétences scolaires et des capacités cognitives élaborés dans le cadre de cette recherche serviront à l’élaboration d’une part, des outils d’évaluation des difficultés des étudiants, et d’autre part, de batteries de tests cognitifs à destination de populations atteintes de déficits neuro-psychologiques.

Des recherches sur les compétences développées par des adultes sont également en cours dans d'autres contextes, ceux des pays africains notamment. Dans ces derniers, des efforts significatifs sont faits pour tendre vers l’achèvement universel de l’école primaire. Mais dans le même temps, le travail d’analyse déjà réalisé montre qu’une proportion, certes variable d’un pays à l’autre mais toujours significative, des adultes de 25 ans qui ont fréquenté l’école primaire pendant plusieurs années au cours de leur jeunesse ne sont pas capables de lire même une phrase simple. Cela interpelle bien sur la qualité des services offerts et l’identification des actions pour l’améliorer dans la moyenne période ; mais cela souligne aussi la nécessité de mettre en place des actions spécifiques (au sens large alphabétisation) visant l’acquisition des compétences de savoir-lire et savoir compter pour un nombre très important de plus ou moins jeunes adultes (y compris ceux qui n’ont pas eu du tout accès à l’école).

Références bibliographiques

Alloway, T.P. ; Gathercole, S.E. ; Adams, A.M. ; Willis, C. ; Eaglen, R. ; Lamont, E. (2005). « Working memory and other cognitive skills as predictors of progress towards early learning goals at school entry », British Journal of Developmental Psychology, 23, 417-426.

Barrouillet P. ; Camos V. ; Morlaix S. ; Suchaut B. (2008). « Progressions scolaires, mémoire de travail et origine sociale : quels liens à l’école élémentaire ? », Revue Française de Pédagogie, 162, 5-14.

Bolduc, J. (2006). Musique et apprentissage de l'orthographe. Lausanne : Société Suisse romande de recherche en éducation musicale.

Brinbaum, Y. ; Kieffer, A. (2009). « Les scolarités des enfants d'immigrés de la sixième au baccalauréat : différenciation et polarisation des parcours », Population, 3.

Crahay, M. (2006). « Dangers, incertitudes et incomplétude de la logique de la compétence en éducation », Revue Française de Pédagogie,154, 97-110.

Elkoshi, R. (2009). Developing pre-literacy skills in early childhood through an integrated music program. Paper presented at the 3rd International Art (s) in Early Childhood Conference 2009, NIE, The Arts House.

Gur, C. (2009). « Is there any positive effect of classical music on cognitive content of drawings of six year-old children in Turkey ? », European Journal of Scientific Research, 36(2), 251-259.

Schellenberg, E.G. (2004). « Music lessons enhance IQ », Psychological Science, 15, 511-514.

Thorell, L.B. ; Lindqvist, S. ; Bergman, S. ; Bohlin, G. ; Klingberg, T. (2008). « Training and transfer effects of executive functions in preschool children », Developmental Science, 11, 969-976.

Tierney, A. ; Bergeson, T. ; Pisoni, D. (2008). « Effects of early musical experience on auditory sequence memory », Empirical Musicology Review, Vol. 3, 178-186

Vries, P de. (2004). « The extramusical effects of music lessons on preschoolers », Australian Journal of Early Childhood, 29(2), 6-10

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