Aller au contenu  Aller au menu principal  Aller à la recherche

bandeau-labo_iredu

Institut de Recherche sur l'Éducation : Sociologie et Économie de l'Éducation

  • Axe de recherche 2 (2006-2010)


    La valorisation des acquis de l’éducation sur le marché du travail

    Responsable : Jean-Jacques Paul

    J.P. Beltramo, M. Danner, M. Duru-Bellat, G. Galodé, A. Giffard, C. Guégnard

    Les relations entre l’éducation et le marché du travail constituent un axe de recherche du laboratoire depuis ses origines, les travaux relatifs aux de rendement de l’éducation en étant le premier exemple. La création du Centre associé au Céreq au sein de l’Iredu en 1976 vient comme une autre illustration de la place de ces travaux.

    Le marché du travail du nouveau siècle se présente avec des caractéristiques particulières, de par l’évolution de l’offre (élévation du niveau de formation initiale) et l’avènement des économies fondées sur la connaissance. Dans ce contexte, le renforcement de l’usage de la formation comme critère d’accès à l’emploi incite à s’interroger sur les fonctions actuelles de l’école en matière de maintien et de production de cohésion sociale. Cette démarche constituera le premier axe de recherche de l’équipe.

    Catégories emblématiques de la société fondée sur la connaissance, le « knowledge worker » de Drucker, le « manipulateur de symboles » de Reich doivent être dotés de compétences leur permettant de faire face aux besoins de création, de transfert et de transmission de connaissances nouvelles. Mais la prise en compte du concept de compétences dans les modèles de gains reste encore balbutiante (voir Green, 1998). Les recherches de l’équipe ont commencé à s’intéresser à ce domaine, qui continuera à constituer le deuxième axe de travail. La société fondée sur la connaissance suppose la production de diplômés de l’enseignement supérieur susceptibles de se mouvoir dans cette société, capables de produire, transférer, manipuler des connaissances. L’étude de leur marché du travail constitue le troisième axe de recherche. Mais cette société est aussi une société de risque et d’exclusion pour les plus fragiles, que sont notamment les moins qualifiés. Les processus de segmentation/ségrégation et de requalification représenteront donc la quatrième dimension de ce projet.

    • 1. Education et cohésion sociale

    Ce projet, conduit en collaboration avec le LEST et quelque chercheurs isolés (F.Dubet et N.Mons, ainsi qu’A.Green de l’Institut d’Education de Londres) s’interroge sur ce que « l’Ecole fait à la Société ». L’éducation est certes un vecteur privilégié de la cohésion des sociétés. Mais elle est aussi une instance qui divise et sépare les élèves, qui crée des distances et des classements ayant plus ou moins d’emprise sur les hiérarchies et les clivages sociaux. Ces deux fonctions s’articulent


    différemment selon les systèmes scolaires nationaux pour contribuer plus ou moins bien à la force du contrat social. En outre, il est nécessaire de distinguer effets « micro » (au niveau des individus) et effets « macro », ces deux types d’effets n’étant pas toujours en continuité. Enfin, apprécier la contribution de l’éducation à la cohésion sociale nécessite d’élargir la perspective non seulement à la formation initiale mais aussi à la formation continue, plus rarement prise en compte. Le projet vise 1) à mieux apprécier les effets de l’éducation en terme d’apprentissages, de valeurs et d’attitudes en vue d’explorer systématiquement tous les aspects « pathologiques » de l’inégalité éducative (stratification de la société, légitimation des inégalités entre individus …) ; 2) à mieux caractériser les moyens mobilisés (en terme de ressources, d’organisation et de régulation) pour produire ces effets, en prenant en compte les modalités effectives de fonctionnement des dispositifs nationaux de formation initiale et continue ; 3) ) construire empiriquement la notion de cohésion sociale au travers de 3 dimensions : la citoyenneté sociale, l’intégration économique, les valeurs et attitudes ; 4) à spécifier les articulations éducation-cohésion sociale sous différentes conditions, tel mode d’organisation du marché du travail, par exemple.

    Ce projet requiert à l’évidence une approche pluridisciplinaire : sociologie de l’éducation et éducation comparée, sociologie et économie du travail, la science politique et l’analyse des politiques publiques. Il se déroulera en étapes successives. Tout d’abord, au regard des moyens mobilisés et des résultats obtenus (niveaux et inégalités) en formation initiale et continue (en prenant en compte des dimensions qualitatives telles que les liens entre connaissances générales et savoirs professionnels ou le degré d’individualisation de l’enseignement), on construira une première typologie des systèmes nationaux de formation au niveau de l’OCDE et de quelques autres pays émergents. Parallèlement, on déterminera des indicateurs de la cohésion sociale en s’appuyant sur les grandes enquêtes statistiques dans trois domaines : inégalités sociales, valeurs et attitudes des adultes, marchés du travail et systèmes d’emploi, dynamisme économique et richesse collective. Ensuite, des analyses modélisées au niveau des pays pour dégager le rôle de l’éducation sur le niveau de cohésion sociale afin d’établir un choix raisonné de pays représentatifs de « régimes de cohésion sociale ». Enfin, pour préciser les relations causales – dans les deux sens – entre éducation et cohésion sociale et renouveler l’approche comparative en matière d’éducation et de formation, on réalisera des analyses qualitatives sur un sous-échantillon de pays (12).

    • 2. L’économie des compétences

    Depuis les travaux originaux de Medoff (1978), il aura fallu attendre la recherche de Green (1998) pour voir l’introduction de compétences dans un modèle hédonique de gains. Mais les compétences étaient repérées à partir d’une auto-évaluation des salariés interrogés. La recherche conduite par Suleman et Paul au sein de l’Iredu s’est fondée sur une démarche d’hétéro-évaluation des compétences des salariés par leurs superviseurs (voir par exemple Suleman (2003), Suleman et Paul (2005)). Conduite sur un échantillon de 600 salariés du secteur bancaire portugais, cette recherche a permis de mettre au point la méthodologie et de tester la robustesse des résultats. La démarche empirique a consisté à incorporer les variables de compétences dans un modèle classique de salaire, puis dans un modèle où la variable dépendante était la participation aux profits (pratique courante dans le secteur bancaire). Si les compétences interviennent dans la formation des


    gains (notamment les compétences stratégiques et les compétences cognitives), elles sont beaucoup plus explicatives du montant de la participation aux profits, alors que les variables traditionnelles de capital humain (éducation et expérience le sont beaucoup moins dans ce cas).

    Le projet pour le contrat à venir est double. D’une part, il s’agira de conduire une approche semblable à partir de données nationales collectant des informations sur les compétences des salariés ou des variables proxy de ces compétences (comme l’enquête « Conditions de travail » complémentaire à l’enquête Emploi de 2005 ou l’enquête COI-TIC conduite en partenariat entre l’INSEE, le CEE et la DARES en 2006). D’autre part, un projet international visera à utiliser la méthodologie mise au point dans le secteur bancaire au Portugal dans ce secteur en France et dans d’autres pays européens. Un tel projet est susceptible de bénéficier du même intérêt de la profession que celui dont il avait bénéficié au Portugal, ce qui en ferait une expérience originale, tant du point de vue du montage que des données collectées.

    • 3. Le marché du travail des diplômés de l’enseignement supérieur

    Dans une société fondée sur la connaissance, la production de diplômés de l’enseignement supérieur capables de produire, de transférer, d’utiliser des connaissances nouvelles est un enjeu premier pour les nations qui entendent affronter la concurrence accrue par la mondialisation. Le projet de l’Iredu s’articule autour de trois axes. La finalisation du projet européen REFLEX, l’analyse des évolutions du marché du travail des docteurs et la poursuite du projet relatif aux diplômés des écoles d’art.

    3.1 L’emploi et la flexibilité des diplômés de l’enseignement supérieur européens

    Le projet REFLEX (Research into Employment and Professional Flexibility) est centré sur la réponse apportée par les institutions d’enseignement supérieur européennes aux demandes d’un marché du travail d’une société fondée sur la connaissance, où la flexibilité, l’adaptation et le maniement de l’innovation doivent être des caractéristiques essentielles des diplômés. Ce projet regroupe une dizaine d’équipes d’économistes et sociologues en Europe (Allemagne, Autriche, Espagne, Finlande, France, Italie, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse) et au Japon. Il s’appuie sur une enquête réalisée auprès de vingt-cinq mille diplômés de l’enseignement supérieur ayant terminé leurs études en 2000, avec un élargissement vers d’autres pays (Russie, Estonie). L’Iredu entend participer d’une réflexion relative à la réalité du concept de « société fondée sur la connaissance », en développant notamment deux axes dans l’exploitation des données. Le premier concerne la question de la flexibilité et du changement. Comment repérer le changement dans l’enquête (évolution de l’environnement professionnel, adaptation de formation, mobilité géographique) ? Quelle est la nature du changement (volontaire ou contraint, ascendant ou non) ? Dans quelle mesure les études supérieures ont préparé à faire face au changement ? Par ailleurs, quelle est l’ampleur de la participation des diplômés à l’innovation ? Dans quelle mesure sont-ils confrontés à une problématique d’innovation, quels sont les environnements professionnels qui offrent le plus une situation innovante, les diplômés sont-ils bien préparés à y faire face, les compétences d’innovation sont-elles utilisées et rémunérées ?

    Un deuxième élément de ce projet concerne la réalisation d’une enquête longitudinale en 2006 auprès des diplômés de 1995 enquêtés une première fois en 1999 dans le cadre du projet européen CHEERS (Careers after Higher Education : a European Research Survey). Menée en collaboration avec des collègues allemands et japonais, cette recherche comparera les structures des carrières des diplômés dans les trois pays, en visant à mettre en évidence l’influence de la conjoncture économique, des situations initiales, des décisions individuelles, sur la situation plus de dix ans après l’obtention du diplôme.

    3.2 Le marché du travail des docteurs

    Face aux difficultés d’insertion des jeunes docteurs, les pouvoirs politiques en France incitent ces jeunes diplômés à s’orienter vers le secteur privé. Un renforcement de la présence des docteurs dans les entreprises faciliterait la diffusion des nouvelles technologies tout en compensant la réduction des opportunités d’emploi dans le secteur public dans le cadre des politiques de maîtrise des dépenses publiques. L’exemple de la première économie mondiale, les USA, où la proportion des nouveaux docteurs qui trouvent un emploi en entreprise est plus forte qu’en France alors que le taux de chômage de l’ensemble des nouveaux docteurs y est beaucoup plus faible, est souvent pris comme référence. Cependant, les premiers résultats de l’enquête Docteurs, génération 2003 exploitée par l’Iredu indiquent que la proportion de docteurs qui en 2006, trois ans après la thèse, occupent un emploi de chercheur dans le secteur privé est inférieure à ce qu’elle était en 1997 (13% contre 15%). On peut s’interroger sur l’aspect plus ou moins conjoncturel de ce résultat, mais on conviendra qu’il est difficile de le porter au crédit d’une politique d’orientation des docteurs vers les entreprises pourtant affichée avant la période considérée. Un certain nombre de raisons de la persistance d’un faible taux d’emploi des docteurs dans les entreprises sont connues et on fait l’objet d’analyses de la part de l’Iredu. C’est en premier lieu la préférence donnée aux ingénieurs diplômés de grandes écoles pour le recrutement dans les fonctions de recherche et d’encadrement des entreprises (Beltramo, Paul, Perret, 2001). Dans la nouvelle phase de nos travaux sur l’emploi des docteurs, c’est la pertinence même de l’objectif de réorientation des docteurs vers les emplois du secteur privé qui est examinée. Cette démarche générale s’applique à deux niveaux : celui des institutions d’une part, celui des acteurs (docteurs et entreprises) d’autre part. Chaque niveau donnant lieu à une ou plusieurs recherches spécifiques.

    • Comparaison de la formation et de l’emploi des docteurs au sein des systèmes nationaux d’innovation

    Nous postulons qu’il n’y a pas un modèle unique susceptible d’assurer à la fois le plein-emploi des docteurs et un transfert des connaissances efficace. Les systèmes d’enseignement supérieur, les systèmes productifs, de même que les modalités d’interactions entre la recherche publique et l’industrie varient d’un pays à l’autre. Notre démarche est systémique et notre cadre conceptuel celui des systèmes nationaux d’innovation développé par le courant évolutioniste. Il s’agira dans une première étape d’élaborer une typologie des systèmes d’enseignement supérieur et d’innovation d’un échantillon large de pays à partir de données quantitatives et qualitatives concernant, en particulier, la formation des docteurs et les flux de diplômés par disciplines, les mouvements migratoires des jeunes scientifiques, les emplois de post-doc, d’enseignants-chercheurs et de chercheurs (évolution, effectifs et statuts), les taux d’encadrement dans l’enseignement supérieur, la répartition et l’évolution des activités de R&D dans les différents secteurs de l’activité économique, les formes institutionnelles de relations entre la recherche publique et l’industrie et le poids d’un secteur intermédiaire entre ces deux derniers (knowledge-intensive business service). Dans une seconde étape, il s’agira d’analyser les conditions d’emploi des docteurs en fonction des modèles d’enseignement supérieur et d’innovation qui auront pu être dégagés. Si de nombreux pays réalisent des enquêtes sur le devenir professionnel des docteurs, les informations recueillies sont très variables (Recotillet / OCDE, 2003). Pour deux pays, la France (exploitation de l’enquête du CEREQ, Docteurs génération 2003) et les USA (accès au Scientists and Engineers Statistical Data System) nous sommes assuré de pouvoir envisager un traitement statistique détaillé.

    • Le jeu des acteurs du marché du travail : docteurs et entreprises

    L’analyse institutionnelle sera complétée par l’étude du comportement des acteurs du marché du travail. L’exploitation de l’enquête Docteur, génération 2003 jumelée à un nouveau questionnement des enquêtés permettra d’incorporer dans une modélisation de l’accès à l’emploi des docteurs en France, en fonction de leur origine sociale, et des caractéristiques de leurs parcours d’études, des variables relatives à leurs projets professionnels. La question spécifique de l’insertion des docteurs dans le secteur privé et de l’évaluation des dispositifs incitatifs sera également traitée à partir de l’enquête CEREQ. Seront concernés les bénéficiaires d’une convention CIFRE mais également les thèses financées par d’autres contrats avec les entreprises, ces derniers n’ayant pas fait l’objet de la même attention dans les travaux sur les « thèses industrielles ». La demande de scientifiques de la part des entreprises, qui a fait l’objet d’études de cas dans différents travaux de l’Iredu mais reste encore mal cernée, sera analysée à partir d’une enquête spécifique auprès des établissements qui ont financé les thèses des répondants de l’enquête Docteur, génération 2003.

    4. La production des compétences artistiques et leur relation à l'emploi : le cas des écoles supérieures d’art

    Certaines formations qualifiantes produisent des compétences spécifiques qui ne répondent pas nécessairement à des emplois normés. Il s’agit donc d’étudier les stratégies d’adaptation des diplômés aux évolutions du marché du travail pour valoriser leur investissement éducatif et vocationnel. Les Ecoles Supérieures d’Art sont à ce titre un terrain d’étude intéressant dans la mesure où non seulement cette problématique y est centrale mais où d’autres questions d’actualité viennent se greffer à cette réflexion (sélection et processus de certification, nature et mutation des qualifications artistiques, discrimination sur le marché du travail …). Le projet s’articule autour de deux directions. Il s’agit d’une part d’exploiter les données longitudinales 2003 avec pour problématique centrale l’influence du rapport aux études (projets, travail scolaire, processus d' "affiliation") sur la construction des inégalités de cursus et de carrière professionnelle. Il s’agit d’autre part, d'observer les processus d'entrée en activité de ces diplômés et d'en qualifier les spécificités, puis à l'aide des données recueillies, d'approfondir la réflexion sur les qualifications en cause et les asymétries d'information qu'elles induisent sur le marché du travail.

    En apportant des données factuelles qui mettent en lumière les capacités de réponses et d’adaptation des diplômés aux évolutions de ce marché, cette recherche contribue donc à la réflexion conduite actuellement par Menger et Le Dantec. Leur théorie les conduit à penser que les analyses classiques sur l’emploi ne permettent plus d’approcher certaines professions qui sont dès lors excluent des réflexions économiques.

    C’est le cas notamment des professions artistiques. Loin d’être atypique, leur modalité de mise en œuvre décrirait une évolution nouvelle du marché du travail dans une société qui s’appuie désormais davantage sur la créativité et l’innovation pour relancer l’économie que sur une vision adéquationniste des "compétences " et de l'emploi.

    5. Les processus de ségrégation/segmentation et de requalification

    Le terme ségrégation évoque une mise à distance sociale (Boudon et alii, 1999), une séparation plus ou moins radicale "de personnes ou de collectivités, suivant l'âge, le sexe, le niveau d'instruction ou la condition sociale" (Ferréol et alii, 1991). La persistance de l'emploi non qualifié dans une société où le niveau d'éducation ne cesse de s'élever interpelle : s'agit-il d'un point de passage plus ou moins inévitable pour tous, ou demeure-t-il un emploi secondaire sans perspective pour une main-d'œuvre captive (cf. théorie du marché dual, Doeringer, Piore 1971) ? Les trajectoires des hommes et des femmes sont-elles comparables ? Une ségrégation professionnelle est souvent mise en avant pour expliquer les conditions différenciées des hommes et des femmes sur le marché du travail. L'interrogation porte sur l'usage des emplois non qualifiés par les entreprises, sur la place de ces emplois dans les trajectoires des jeunes débutants au regard des adultes qui n'ont pu en sortir. Des travaux sont en cours de réalisation centrés sur les mobilités professionnelles, combinant l'analyse des trajectoires individuelles, des conditions d'emploi et de travail des salarié(e)s avec celles des stratégies d'entreprise (Low wage workers, mixité et carrière dans l'hôtellerie).

    Ainsi, l'IREDU et le Céreq pilotent une étude sur la gestion des premiers niveaux d'emplois dans l'hôtellerie plus précisément les employés d'étage. Ce projet coordonné en France par le Cepremap, s'inscrit dans la suite d'une recherche conduite aux Etats-Unis (Russell Sage Foundation) sur la thématique des low wage workers, est développé parallèlement dans quatre autres pays européens (Allemagne, Danemark, Pays-Bas, Royaume Uni) pour six secteurs. Il s'agit de mettre en évidence les processus qui contribuent, ou non, à l'émergence d'emplois à bas salaire comme réponse ou conséquence des entreprises face aux pressions concurrentielles. Au-delà d'un éclairage comparatif sur les dispositifs de professionnalisation dans les différents pays, l'équipe analyse la manière dont les salarié(e)s accèdent à l'emploi et les opportunités qui leur permettent d'accéder à un statut moins précaire ou plus valorisé. Dans ce cadre, sont étudiés tous les types d'initiative, qu'elles émanent des pouvoirs publics, des branches professionnelles, des organisations de salariés. L'hôtellerie en France, marquée par la référence à un modèle artisanal (prédominance et parcellisation des petits établissements indépendants) et la proximité avec la sphère domestique, se distingue des autres secteurs par une quasi-absence de régulations en faveur des salariés. Dans un contexte faiblement régulé et institutionnalisé, les femmes de chambre, peu formées et mal informées, très largement d'origine étrangère sont aisément fidélisées du fait de leur faible employabilité sur le marché du travail, ce qui en fait une main-d'œuvre captive et docile, cantonnée au statut de low wage worker. Ces emplois du marché secondaire, peu payés, offrent des conditions de travail médiocres et, peu de chances de promotion. La question est alors la suivante : pourquoi si peu de mobilité pour les femmes de chambre dans ce secteur à fort turn-over ? Une prochaine étape sera la réalisation de travaux comparatifs européen (et USA), avec un approfondissement des trajectoires, concept qui apparaît comme "un lien stratégique entre les traits structuraux du monde du travail et le parcours socio-économique des individus" (Spilerman 1977). Les regards croisés sur ce secteur d'activité porteront aussi sur les autres secteurs de l'étude et notamment les emplois de nettoyage en milieu hospitalier, en tant qu'opportunités pour le personnel d'étages de l'hôtellerie. L'objectif premier sera de repérer dans quels contextes, quelles conditions et pour quelles raisons, ces emplois non qualifiés peuvent être plus ou moins valorisés et reconnus socialement. Autrement dit, dans quel pays les femmes de chambre ont-elles de meilleures perspectives professionnelles dignes du conte de Cendrillon ?

    La littérature a consacré une large place aux inégalités liées au fonctionnement du marché du travail, pouvant se référer aux caractéristiques des individus (sexe, âge, origine sociale ou ethnique…) s'approchant ainsi d'un processus de discrimination ou ségrégation, et aux caractéristiques de l'espace économique dans lequel vivent les individus. Parmi les différenciations des situations professionnelles sur le marché du travail, la variable formation initiale intervient et, l'un des moyens de réduire ces disparités pourrait être la formation en cours d'emploi. D'autres travaux concerneront la formation continue à travers l'étude de deux dispositifs qui relèvent de l'initiative du salarié, le congé individuel de formation (CIF) et le Droit Individuel à la Formation (DIF) : sont-ils des moyens privilégiés de progression professionnelle pour les salarié(e)s, d'une re-qualification leur permettant de sortir des emplois secondaires ? Afin d'obtenir un financement pour un CIF, le salarié doit déposer un dossier au Fonds de gestion du congé individuel de formation (Fongecif). L'éventuel accord de financement est pris par un conseil d'administration souverain sur son territoire régional de compétence. Cette autonomie de décision amène à poser une double interrogation, d'une part sur la manière dont les normes et règles se sont construites, et d'autre part, sur le fait de savoir si cette proximité décisionnelle diminue les inégalités d'accès à la formation. Le nouveau cadre législatif avec sa mesure phare, le Droit Individuel à la Formation correspond à une transformation sociale et culturelle de nos vies modernes et de notre rapport au temps. Le DIF, d'une durée de vingt heures par an, s'effectue à la demande du salarié en accord avec l'employeur et peut, en fonction des accords de branche ou d'entreprise, se dérouler partiellement ou totalement en dehors du temps de travail (Art. L933-3). Ce dernier aspect nous interpelle particulièrement sur les risques d'inégalités accrues entre les hommes et les femmes.

    Ces thèmes segmentation, ségrégation et re-qualification pourront être développés à travers deux enquêtes gérées par le Céreq qui sont le volet français d’enquêtes européennes destinées à alimenter le niveau de réalisation des objectifs de Lisbonne. La première enquête FC 2006 se situe dans le prolongement de l’enquête FC 2000 et constitue le volet français de l’enquête Adult Education Survey (AES). Il s’agit d’une enquête complémentaire à l’enquête emploi sur la formation (formelle, non formelle et informelle) de 18 000 individus en 2005. La seconde enquête vise à documenter les politiques de formation (continue et initiale) des entreprises. Il s’agit de la troisième édition de l’enquête européenne Continuing Vocationnel Survey portant sur l’année 2005 auprès de 4 500 entreprises. Les bases seront disponibles à la rentrée 2007/08 sous réserve d’accords avec l’Insee.

    Références citées

    Appelbaum E., Bernhardt A., Murname (eds), 2003, Low Wage America, Russell Sage Foundation.

    Baron M. Et Perret C., 2005, « mobilités étudiantes et territoires universitaires : vers une uniformisation des pratiques ?, Espace populations, sociétés, n° 3, pp.429-442.

    Beltramo J.P., Paul J.J., Perret C., 2001, “The recruitment of researchers and the organisation of scientific activity in industry”, International Journal of Technology Management, vol. 22, nos 7/8, pp.81 1-834

    Giffard A., Guegnard C. et alii, 2006, « Les évolutions du cadre juridique du droit de la formation professionnelle continue : un changement de paradigmes ? », MAGGI-GERMAIN N., CAILLAUD P. (dir.), Rapport pour la DARES, Maison des Sciences de l’Homme Ange Guépin de Nantes, Céreq, Iredu, juin.

    Danner M. Galode G., "L'orientation Professionnelle des diplômés des Beaux-Arts : étude des stratégies de positionnement" L'Orientation Scolaire et Professionnelle Mars 2006/Vol. 35/ N° 1

    Green, F., 1998, The Value of Skills, University of Kent, Canterbury

    Guegnard C., Bosse N., Checcaglini A., Sechaud F., 2006, « Le temps d'apprendre : témoignages pluriels, regards croisés », Relief n°18, Céreq, octobre.

    Guegnard C., Meriot S.A., "Housekeepers in French Hotels : Cinderella in the Shadow" in Low Wage France, Russell Sage Foundation. à paraître en 2007

    Medoff, J.L., 1978, The Earnings Function: a Glimpse Inside the Black Box, NBER and Harvard University, WP 224, Cambridge

    Paul J.J., 2006, “Do European universities train their graduates to face knowledge-based societies?”, in Sprogoe (J.) and Winther-Jensen (T.) “Identity, Education and Citizenship - Multiple Interrelations”, Peter Lang

    Suleman, F., 2004, La production et la valorisation des compétences sur le marché du travail: des approches néo-classiques à l’économie des conventions, Thèse pour le Doctorat en Economie, ISCTE, Lisbonne – Portugal et Université de Bourgogne, Dijon – France (version française)

    Suleman, F. And Paul, J.J., 2005, “La production de compétences et les règles salariales: contribution à la compréhension des transformations de la relation de l’emploi”, Economies et Sociétés, Séries “Hors-Série”, HS, nº 40, 9/2005, 1711-1734

    Lire la suite : Axe de recherche 2 (2006-2010)

  • Axe de recherche 2 (2010-2015)

    L’utilisation des compétences sur le marché du travail


    Cet axe, développé principalement par les économistes et par certains sociologues de l'équipe examine les relations entre l’éducation et le marché du travail. Une partie des recherches développées s’inscrit également dans le cadre de la convention d’association de l’équipe au Centre d’Etudes et de Recherches sur les Qualifications (le Céreq), l’IREDU étant centre associé Céreq pour la région Bourgogne depuis 1976.
    Suite à différents travaux sur les questions de déclassement, de dévalorisation des diplômés et d’inadéquation entre spécialités de formation et d’emploi développés depuis plusieurs années par les chercheurs de l’équipe, s’est progressivement imposée une réflexion sur la correspondance ou de non-correspondance entre les compétences acquises par les jeunes tout au long de leur formation et celles requises sur le marché du travail. Cette évolution dans l’analyse de la relation formation-emploi doit permettre de comprendre la construction des appariements sur le marché du travail entre les flux de jeunes sortants du système éducatif et les besoins en compétences des entreprises qui les recrutent dans un cadre d’information imparfaite (Allen et Van Der Velden, 2001 ; Hartog, 2001).

    Trois niveaux d’analyses vont être privilégiés pour appréhender l’utilisation des compétences sur le marché du travail.

    Le premier concerne les liens entre parcours scolaire et parcours professionnel. Si l’impact du nombre d’années d’études et du diplôme final sur l’insertion et l'ensemble de la carrière salariale est relativement bien étudié, une analyse plus fine des conséquences des parcours scolaires et universitaires doit permettre de mieux comprendre la diversité des appariements sur le marché du travail. Il s’agit ici de repérer à partir des différents parcours des jeunes, l’hétérogénéité des compétences acquises avant la sortie définitive du système éducatif. Se focaliser sur le dernier ou le plus haut diplôme obtenu par les jeunes suppose une linéarité des parcours et occulte toutes les étapes intermédiaires liées au processus d’orientation et aux différentes expériences scolaires ou extrascolaires. Il en résulte une vision limitée de la relation formation-emploi que nous nous proposons de dépasser.
    Le second se focalise sur les compétences acquises dans l’enseignement supérieur. L’enseignement supérieur est généralement considéré dans une économie d’innovation comme le socle de la compétitivité économique du pays (Aghion et Cohen, 2004). Aux compétences techniques, s’ajoutent les compétences organisationnelles, relationnelles et managériales nécessaires aux fonctions d’encadrement. Mais d'autres compétences plus spécifiques peuvent également contribuer au développement économique. Sur le marché de l’emploi scientifique, thème qui mobilise depuis plusieurs années de nombreux chercheurs de l’équipe, les compétences liées à la capacité d’innovation comme la créativité et de l’inventivité sont en principe des atouts déterminants permettant de dynamiser la croissance économique (Lucas, 2009). Dans quelles mesures permettent-elles cependant un accès des jeunes aux professions les plus qualifiées dans un contexte de chômage qui n'épargne plus les jeunes diplômés ?

    Un troisième niveau d’analyse porte sur la valorisation des compétences de base sur le marché du travail. En écho à la question de l’effet de l'éducation pour l'accès aux professions les plus qualifiées dans une économie de la connaissance, se pose la question des difficultés d’accès au marché du travail des individus peu ou pas diplômés. Comme le proposent Cunha et alii (2006), il est plus efficace et sans doute plus équitable pour les populations les plus en difficulté de porter l’effort des politiques éducatives très en amont dans les parcours de formation, afin de consolider un socle de compétences qui permettra une sécurisation des trajectoires sur le marché du travail. Cependant, on peut penser que sous certaines conditions, une formation en emploi adaptée pourrait également être un substitut à l’absence ou au faible niveau de formation initiale.

    Axe 2.1. Parcours scolaires et parcours professionnels

    Plusieurs travaux au sein de l’équipe cherchent à prendre en compte au-delà du diplôme l’hétérogénéité des parcours scolaires et universitaires pour mieux comprendre comment se structurent le processus d’insertion et les débuts de carrières professionnelles des jeunes.
    Une première recherche (Y. Brinbaum, C. Guégnard) étudie l’impact des orientations plus ou moins souhaitées à la fin du collège et du lycée sur la suite du parcours scolaire et sur l’accès au marché du travail. Un des objets sera notamment d'essayer de mieux comprendre les différences d'insertion entre les jeunes issus de l'immigration et les jeunes français d'origine en s'attachant à montrer d'une part, les inégalités liées aux différences de parcours scolaires et d'autre part, les mécanismes de discrimination dans l'accès aux emplois. A partir de données géocodées de l’enquête Génération 2004 du Céreq, l'originalité de ce travail sera de mieux prendre en compte les effets du lieu de résidence, qui peuvent à la fois influencer le parcours scolaire (ségrégation scolaire, offre de formation, réussite) mais également l’entrée dans la vie active (chômage, trajectoires, types d’emploi…) et le sentiment de discrimination. Un travail complémentaire sera également réalisé à partir de l'enquête Trajectoires et Origines réalisée en 2008 par l'INSEE et l'INED, et du dispositif panel DEPP enquête EVA de l’INSEE..
    Une autre série de recherches (J.F. Giret) porte sur l’effet de différents éléments des parcours scolaires et extra-scolaires sur le parcours professionnel des jeunes à la sortie du système éducatif. Le travail durant les études, les stages, l’apprentissage, la mobilité géographique et notamment les séjours à l’étranger, constituent d’autres modes d’acquisition des compétences plus ou moins connectées aux parcours scolaires. Se pose cependant la question de la complémentarité ou de la substituabilité de ces expériences par rapport à la formation initiale. Se posera également la question de la valorisation de ces différentes compétences sur le marché du travail. A partir de données de l’Observatoire National de la Vie Etudiante ainsi que des données des enquêtes Génération du Céreq, une recherche menée en collaboration avec des économistes de l’Université de Poitiers et de l’Université Toulouse Capitole discutera des effets du travail durant les études sur l’échec scolaire et universitaire puis sur l’insertion professionnelle. Une autre étude (G. Lassibille), initiée en Espagne mais qui va prochainement être complétée par des comparaisons avec d’autres pays dont la France, a pour objectif de mieux comprendre la dimension temporelle des départs en cours d’études. Il s’agit d’identifier les facteurs individuels et environnementaux qui affectent la réussite des étudiants afin d’inférer sur l’efficacité de certaines politiques visant à réduire l’échec scolaire. Un des objectifs est de modéliser la dynamique du processus d’échec et de réussite à partir de l’apparition d’événements qui caractérisent le parcours des étudiants à différents instants (les activités professionnelles réalisées en cours d’études par exemple). Ces travaux, entrepris dans le cadre du projet "Educación y Transiciones al Mercado de Trabajo" et "Ineficiencia en la educación y en el mercado de trabajo", financés par le MCYT (Ministère espagnol de la Science et de la Technologie) auquel collaboraient des économistes de l’éducation des Universités Carlos III, Las Palmas et Málaga, se poursuivent actuellement dans le cadre du projet coordonné "Formacion, empleabilidad y exclusion social" du MCYT auquel nous sommes associés avec le Département d’Econométrie de l’Université de Málaga. Enfin, sur ce même thème, une dernière recherche, menée en collaboration avec une économiste du Centre d’Etudes de l’Emploi se poursuivra sur l’effet des stages facultatifs réalisés par les étudiants durant leurs parcours universitaires sur leur insertion professionnelle.
    Par rapport aux recherches précédentes qui portent sur l'ensemble des sortants de l'enseignement supérieur, d’autres travaux (M. Danner et S. Génelot) vont se focaliser sur certaines filières professionnalisées (filières artistiques et filières préparant aux métiers de l’enseignement ou de la vie scolaire). Il s'agira d'étudier plus particulièrement les stratégies individuelles de valorisation des compétences sur le marché du travail dans le cadre de formations pouvant être considérées comme fortement déterminées par les processus de sélection, que ce soit au niveau de la survie dans le cursus ou de l’accès au marché du travail. Dans la mesure où il s’agit de filières professionnalisantes et exigeantes en capital humain (niveau Master), ces recherches étudient dans quelles conditions les sortants (diplômés ou non) parviennent à rentabiliser des compétences spécialisées par une insertion rapide dans le champ ou accèdent à des parcours plus diversifiés.
    A la fin du parcours scolaire, l’absence de diplômes de fin d’études est généralement considérée comme un handicap sur le marché du travail pour les jeunes issus de l’enseignement secondaire comme pour ceux issus du supérieur. Le processus de décrochage est sanctionné doublement, par la non-obtention du diplôme et l’abandon parfois définitif du système éducatif d’abord, puis par la valeur de signalement associé au diplômé sur le marché du travail. De ce fait, en France, plusieurs travaux de membres de l'équipe ont montré à partir notamment des données du Cereq (J.F. Giret, C. Guégnard) que la situation des décrocheurs sur le marché du travail est très préoccupante, même lorsqu’on la compare à celle des jeunes moins formés, mais ayant terminé leur parcours scolaire avec un diplôme. Une recherche dans le cadre d’un programme d’expérimentation de la mission d’animation du Fonds d’expérimentation pour la Jeunesse, a pour objet d’évaluer un dispositif original de lutte contre le décrochage dans les parcours des jeunes en alternance de niveaux principalement V et VI en Bourgogne (J. Bourdon, C. Guégnard, C. Michot). Il s’agit de valider l’opportunité d’un tuteur externe neutre et clairement identifié par le jeune, l’entreprise et le centre de formation afin de sécuriser le parcours des jeunes en alternance et d’éviter les ruptures. Le programme d’évaluation mis en place se basera sur un suivi longitudinal du parcours de deux groupes de jeunes, un bénéficiaire de la mesure et un groupe témoin.

    Axe 2.2. La valorisation des compétences acquises dans l’enseignement supérieur

    2.2.1. Le marché de l’emploi scientifique

    Les recherches menées à l’IREDU depuis plusieurs années sur le marché de l’emploi scientifique concernent notamment les modes de recrutement et de gestion des chercheurs par les entreprises en les reliant aux modalités d'organisations de la R&D en entreprise, aux transferts de connaissances entre les différents acteurs de la recherche scientifique, à l’impact des collaborations industrielles des équipes d'accueil des thèses sur l’insertion des docteurs et l'efficacité interne et externe des filières de production des élites françaises comparée aux filières de l'enseignement universitaire. Ces travaux vont être poursuivis en prenant en compte les fortes mutations que traverse le marché de l’emploi scientifique actuellement. D’un coté, la mise en place du crédit impôt recherche devrait avoir un impact non négligeable sur le recrutement des chercheurs par les entreprises si ces dernières sont sensibles à cette baisse relative du coût du travail. De l’autre, la montée en puissance du LMD et l’internationalisation croissante d’un marché de l’enseignement supérieur ont conduit les universités et les écoles à remodeler leur offre de formation. Cette modification de l’offre de formation supérieure et plus récemment encore l’influence croissante des effets de signalement liés à la multiplication de classement et palmarès, a-t-elle une influence sur les choix professionnels des diplômés et leurs carrières ? L’analyse régulière des carrières des ingénieurs à partir de l’enquête du Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France (CNISF) doit apporter des éléments d’analyse sur ce thème tout en tenant compte des phénomènes de sélection liés notamment au processus de « cream skimming » (Brewer et alii, 2002) et à la modification de l’offre de formation (C. Bonnard, J. Bourdon). Une information plus précise dans les dernières vagues de ces enquêtes sur les compétences acquises par les jeunes ingénieurs durant leur formation, mais également dans leur emploi, devrait nous permettre d’enrichir l’analyse en particulier sur des thématiques comme la concentration des personnels de R&D dans les territoires innovants. Ces travaux font également l’objet d’une thèse sur le marché de l’emploi scientifique où est notamment interrogée la question de la valorisation des carrières des ingénieurs dans le secteur de la R&D (C. Bonnard).
    Sur cette même thématique, une autre partie des recherches porte sur l’accès au marché du travail des diplômés de doctorat à partir notamment des extensions « Docteurs » des enquêtes Génération du Céreq. Dans une économie de la connaissance, la formation doctorale qui occupe une place centrale dans les coopérations entre enseignement supérieur, recherches publiques et entreprises innovantes, devrait être fortement valorisée sur le marché du travail. Or, différentes enquêtes du Céreq ou de l’IREDU soulignent les difficultés d’accès aux emplois des titulaires de doctorat par rapport aux diplômés des écoles et même aux diplômés de Master (J.F. Giret, C. Perret). Les expériences professionnelles réalisées durant la thèse structurent fortement les chances d’accès aux différents segments du marché du travail, notamment pour les emplois de chercheurs dans la R&D. Pour les carrières académiques, outre le rôle majeur des publications scientifiques dans de nombreuses disciplines, les conditions de préparation du doctorat puis les expériences professionnelles qui suivent la fin de la thèse (les post-docs par exemple) sont des étapes déterminantes qui s’enchaînent souvent dans une logique d’avantages cumulatifs (Merton, 1988). En collaboration avec le Céreq et plusieurs équipes européennes, l'IREDU va répondre à l’appel à programme d'action support du 7ème du PCRD sur les carrières des diplômés de doctorat en sciences humaines et sociales en Europe (J.F. Giret, C. Guégnard, J. Bourdon). Enfin, toujours en partenariat avec le Céreq, une enquête exploratoire va être menée pour la première fois sur le parcours des docteurs à l’étranger, trois ans après leur thèse. Cette recherche concernera notamment la manière dont ces jeunes docteurs ont mobilisé de nouvelles compétences dans leur expérience professionnelle à l’étranger et souhaitent les valoriser dans la suite de leur parcours professionnel.

    2.2.2. Le marché du travail de la création artistique

    D’autres travaux développés également à l’IREDU depuis plusieurs années (M. Danner, G. Galodé) portent sur le marché du travail de la création artistique, autre champ d’observation intéressant des désajustements croissants entre formation et emploi. La mise en perspectives des enquêtes sur les diplômés des écoles d’art réalisées par deux chercheurs de l’équipe pour le ministère de la Culture devrait permettre de mieux comprendre comment fonctionne ce marché professionnel. Cette recherche s’oriente notamment vers l’importance des réseaux sociaux sur l’émergence des « winner-take all markets » à travers l’étude spécifique des diplômés du cycle long des écoles d’art. Dès la sortie de formation, des choix différenciés de positionnement apparaissent liés aux cursus et aux caractéristiques personnelles des diplômés. Les carrières artistiques restent déterminées dans l’imaginaire collectif par l’idée de vocation et de talent. L'analyse des stratégies individuelles d'insertion montre que le diplômé d’école d’art intègre dans ses perspectives professionnelles les opportunités du marché de l’emploi tout en entretenant un certain discours social visant à légitimer un cursus atypique et un positionnement sur le marché. Comme pour le stage ou le travail durant les études, cela pose la question de savoir où se situe la frontière entre les activités occupationnelles en cours de formation et les premières étapes de la carrière professionnelle.

    2.2.3. Le marché du travail indépendant

    Dans une analyse plus générale des concurrences dans l'accès à l'emploi qui n'est d'ailleurs pas limitée aux seuls diplômés du supérieur, se pose la question de l'ouverture de certaines professions aux sortants du système éducatif. L’étude sociologique des professions indépendantes montre une organisation segmentée du marché du travail entre les professions qui ont su légaliser un monopole de fait (professions libérales réglementées) et celles qui maintiennent une fermeture sociale informelle intervenant dans la régulation des entrées et le contrôle des pratiques (professions libérales non réglementées et professions indépendantes non libérales). De ce fait, les professions indépendantes apparaissent comme des groupes d’ententes s’accordant sur la mise en œuvre de mesures protectionnistes destinées à préserver une situation distinctive dans la société, souvent associée à de nombreux privilèges (revenus, notoriété, autonomie...). Exploitant les données des enquêtes Emploi de l’Insee, une recherche menée par M. Danner sur la relation formation-emploi dans les professions indépendantes illustre les difficultés d'insertion que peuvent rencontrer certains publics confrontés aux processus informels de fermetures de ces marchés du travail. C’est notamment le cas des femmes diplômées, peu nombreuses à envisager ce type de carrière, mais qui représentent une force de travail potentiellement conséquente. Cet aspect de la recherche s’inscrit dans la politique de recensement national des recherches sur le genre conduit actuellement par le CNRS et s’intègre dans les perspectives actuelles du Réseau Interuniversitaire et Interdisciplinaire National sur le Genre (RING). Au-delà de cette problématique, il s’agit de s’interroger sur la rentabilité des qualifications acquises dans des formations préparant à l’insertion sur des marchés professionnels non régulés par un soutien étatique et dont les frontières restent perméables à de multiples formes de concurrence (candidats à l'auto-proclamation, amateurs ou même bénévoles…).

    2.2.4. Le marché du travail des diplômés du supérieur en Europe

    L’équipe poursuit également ses travaux comparatifs menés sur le marché du travail des diplômés du supérieur en Europe. Les enquêtes Cheers (Careers After Higher Education: A European Research Survey) puis REFLEX (Research into Employment and Professional Flexibility) développées en France par l’IREDU dans le cadre des 5ème et 6ème PCRD se sont centrées sur les compétences acquises par les diplômés de l’enseignement supérieur en Europe et au Japon. Elles ont permis de conforter l’émergence de plusieurs modèles de valorisation des compétences et des diplômes sur le marché du travail. Certains pays comme le Royaume Uni se caractérisent par une forte inadéquation entre les compétences acquises durant leur formation et requises sur le marché du travail, mais une bonne valorisation de la formation sur le marché du travail, ce qui serait cohérent avec une hypothèse d'un fort effet signal associé au diplôme sur le marché du travail britannique. Ces travaux basés sur des mesures subjectives des compétences acquises en cours de formation et requises dans l’emploi demandent à être prolongés et consolidés. Plusieurs travaux d’approfondissement sur ces enquêtes sont en cours (T. Chevaillier, JF. Giret, C. Guégnard). Une enquête centrée sur l’employabilité des diplômés de licence en Europe (projet EMBAC Employability and Mobility of Bachelor Graduates in Europe) est envisagée avec pour l’instant, des partenaires allemands (Incher, Université de Kassel), italiens (consortium Almalaurea, Université de Bologne) et hollandais (ROA, Université de Maastricht). L’étude de ce niveau de sortie de l’enseignement supérieur est d’autant plus intéressante en France que ce niveau est réellement apparu avec la mise en place du LMD et la création des licences professionnelles. Dans cette même perspective, un doctorant de l'IREDU (M. Barouni) a débuté une thèse sur l'employabilité des diplômés du supérieur en Tunisie, qui s'est caractérisée ces dernières années par une explosion des effectifs d'inscrits dans l'enseignement supérieur en partie déconnectés des besoins à court terme du système productif.

    Axe 2.3. Besoins de formations et de compétences pour les publics peu ou pas diplômés

    Une partie des travaux sur ce thème concernera les Pays en Développement qui continuent d’être un terrain d’étude privilégié par l’IREDU notamment dans le cadre de la réalisation d’Education Pour Tous (EPT).

    2.3.1. Les effets économiques de l’éducation de base dans les Pays en Développement

    L’échec des objectifs du millénaire et la difficulté à enrayer la pauvreté dans de nombreux pays conduisent à s’interroger sur l’efficacité de la formation sur le marché du travail et sur les compétences acquises en dehors de tout cadre scolaire. Dans la poursuite des travaux menés actuellement sur la réalisation d’Education Pour Tous, la thèse de Y. P. Diabouga s’intéresse au cas de l’Afrique francophone sur la soutenabilité économique et politique des nouveaux statuts d’enseignants mis en œuvre pour la réalisation de l’objectif du millénaire. Une autre recherche menée par G. Lassibille, profitant d’une source d’information assez inédite, s’intéressera au travail des enfants dans les pays pauvres, à ses déterminants, aux arbitrages entre scolarité et travail, et à la satisfaction que tirent les enfants de leur activité marchande.
    D’autres travaux vont plus directement s’interroger sur les effets économiques de l’éducation dans les pays en développement (PED). Une étude (G. Lasssibille) cherchera par exemple à évaluer l’impact du capital humain sur la productivité des entreprises du secteur formel de plusieurs PED. A l’appui des données de l’Investment Climate Assessment Survey, il s’agit plus particulièrement d’analyser la dynamique à court terme de la demande de travail dans le secteur industriel et d’évaluer la productivité des investissements en capital humain et de la formation interne sur la base de l’ajustement de frontières de production qui permettent d’identifier des sources d’efficience technique. Les travaux sont programmés sur la période 2010-2013 et sont menés en collaboration avec des économistes de l’éducation et du travail du Département d’Econométrie de l’Université de Málaga. Dans une même logique, une thèse sur le cas du Sénégal va identifier les sources d’efficacité induites par l’éducation sur la productivité du travail au niveau microéconomique (A. Sow). Par comparaison avec les impacts macro, cela permettra d’en déduire l’intensité des « trappes de croissance » induite par le contexte des PED.
    A un niveau plus macroéconomique et comparatif, dans le contexte des pays moins avancés, deux chercheurs de l’équipe, N. Altinok et J. Bourdon, chercheront à décrire les mécanismes suivant lesquels la qualité de l‘éducation et sa répartition dans la population peuvent influencer le schéma de croissance et enrichir l’étude de la déformation des emplois et de leur rémunération. En effet, dans la lignée du travail de Pritchett (2001) sceptique sur les effets macroéconomiques de l’éducation dans certains pays, on peut s’interroger sur les causes de l’absence d’effet de l’éducation sur la croissance économique.

    2.3.2. La dynamique respective des systèmes d’éducation et d’emploi dans les pays d’Afrique subsaharienne

    Lors des dernières années, un travail d’analyse avait été conduit pour estimer le degré de déséquilibre des marchés du travail des pays africains (A. Mingat) Cette analyse était fondée sur le traitement d’enquêtes de ménages ou d’enquêtes emploi réalisées entre 2002 et 2005 dans 23 pays africains à faible revenu. Elle avait en premier lieu conclu à un déséquilibre d’ampleur significative entre la production de diplômés par les systèmes d’éducation, notamment au niveau de l’enseignement supérieur, et les emplois disponibles ; cette situation étant exacerbée par la forte dualité de l’économie entre un secteur formel qui n’offre qu’un nombre limité d’emplois (en général, d’emplois qualifiés en particulier), et un secteur informel qui offre la majorité des emplois avec une diminution relative de l’emploi agricole et une expansion de l’emploi informel non agricole où la productivité du travail est faible (et qui valorise peu les formations produites par l’école). Une analyse de l’offre et de la demande évaluait l’ampleur du chômage des formés à un haut niveau d’études et identifiait le degré de rigidité des marchés du travail qui se régulent beaucoup plus sur les quantités que sur les prix.
    Ce travail est en cours d’extension pour introduire la dynamique respective des systèmes éducatifs et d’emplois dans une situation globale où les systèmes éducatifs se développent sans doute à un rythme beaucoup plus soutenu que celui des possibilités d’emploi et où la production des compétences est peu en ligne avec les demandes quantitatives et qualitatives des économies concernées. Par ailleurs, il est probable les systèmes éducatifs sont caractérisés par une forte continuité, les flux scolaires ayant une tendance forte à être aspirés par les niveaux les plus élevés, alors que les économies et les marchés du travail sont caractérisés, pour leur part, par une discontinuité essentielle. Dans ce contexte, la recherche en cours cible l’analyse des dynamiques en cours en se situant sur les dix dernières années et en anticipant les évolutions éventuelles sur les dix années prochaines.

    2.3.3. Les besoins en formation post-initiale des jeunes peu ou pas qualifiés

    La question du niveau de compétences réellement acquis au sein du système éducatif et valorisé sur le marché du travail se pose également en France, notamment pour ceux qui sortent rapidement du système de formation initiale. L’enquête Information et Vie Quotidienne, réalisée par l’INSEE en 2004, permet de mesurer les niveaux de compétences des adultes en littératie, numératie et compréhension orale et de les comparer avec leur niveau de formation initiale. Une thèse (A. Branche-Seigeot) permettra de comprendre comment ces compétences de base sont utilisées et rémunérées sur le marché du travail pour des travailleurs peu ou pas diplômés et comment, à l’inverse, les déficits de ces compétences de base sont sanctionnés en termes de salaires ou de perte d’employabilité. Une attention particulière portera sur certaines catégories de jeunes (les jeunes issus de l'immigration par exemple), dont les enquêtes du Céreq montrent leur forte vulnérabilité sur le marché du travail lorsqu'ils sont peu ou pas diplômés et leur faible accès à la formation post-initiale (Y. Brimbaum).
    Enfin, d'autres travaux, poursuivant des recherches initiées dans le dernier quadriennal, se focaliseront sur le rôle joué par la formation continue en France, notamment au niveau des territoires. Il s'agira plus précisément de savoir dans quelles mesures les pratiques de mise en œuvre du droit individuel d'accès à la formation continue risquent de contribuer à la création ou aux renforcements des inégalités territoriales dans l’accès des salariés à ce droit individuel. Au niveau régional, certaines régions, comme la Bourgogne, ont mis en place un dispositif, qui se veut novateur, d’accompagnement à la qualification (PAQ) dans le cadre d’une Service public de la formation professionnelle pour éviter l'éclatement des différentes mesures et les proposer aux publics les plus en difficultés. Une recherche menée par A. Giffard portera notamment, dans une démarche d’évaluation, sur les effets de la plateforme d’accompagnement à la qualification en Bourgogne et sur la pertinence de la mise en place du service public de la formation professionnelle.

    Références :

    Brewer, D. J. ; Gates, S. M. ; Goldman, C. (2002). In Pursuit of Prestige: Strategy and competition in U.S. Higher Education. Santa Monica, CA. : Transaction Publishers.

    Cunha, F. ; Heckman, J.J. ; Lochner, L. ; Masterov, D.V. (2006). “Interpreting the evidence on life cycle skill formation”, in: E. Hanushek and F. Welch, eds., Handbook of the Economics of Education, Amsterdam : North-Holland, pp. 697-812.

    Hartog, J. (2001). “On Human Capital and Individual Capabilities”, Review of Income and Wealth, 47 (4), 551-540,
    Lucas, R.E. (2009). “Ideas and Growth”, Economica, 76, 1–19.

    Allen, J. ; Van der Velden, R. (2001). “Educational mismatches versus skill mismatches: effects on wage, job satisfaction, on-the-job search”, Oxford Economics Review, 53(3), 434-452.

    Pritchett, L. (2001). “Where Has All the Education Gone ?”, World Bank Economic Review, 15 (3), 367-391.

    Merton, R.K. (1988). “The Matthew effect in science, II: Cumulative advantage and the symbolism of intellectual property”, ISIS, 79 (299), 606-623.

    Lire la suite : Axe de recherche 2 (2010-2015)

Suivez-nous : Suivez nous sur FacebookSuivez nous sur TwitteruB link, le réseau social de l'université

Université de Bourgogne